Ce n’est pas sans appréhension que j’ai entrepris la lecture de ce quatrième ouvrage de Jean-Patrick Pourtal, celui-ci consacré à l’affaire de Rennes. Cette fois, le dossier Saunière est mis sous la pile. Notre ami ouvre celui des incartades de Pierre Plantard, d’où le titre de ce livre : Des Templiers au Prieuré de Sion, paru en avril dernier.
Mon appréhension venait de ce que je redoutais que JPP fasse l’inventaire des « apocryphes » (Lobineau, Blancassal, Pierre l’Ermite, etc …) pour nous en asséner toutes les incongruités. Ç’eut été enfoncer des portes ouvertes !
Non, en fait, il a tenté de reconstituer une certaine genèse dont l’aboutissement en serait ce montage hétéroclite, je veux parler du Prieuré de Sion.
En fait, cet imbroglio trouverait ses origines dans la survivance templière et ses succédanés néo templistes. La Seconde guerre mondiale aurait rompu ce fil conducteur.
Le renouveau s’inscrirait avec, en toile de fond, le profil du château d’Arginy, dans le Beaujolais. Un certain Jacques Breyer s’y présenta un jour de l’année 1951. Son propriétaire, le comte de Rosemont, veut y faire des recherches archéologiques. Breyer se porte volontaire. Pensant n’y rester qu’un temps imparti, il y restera sept ans ! Non pour y faire des fouilles, mais des opérations métaphysiques qui ne manqueront pas, au gré du temps, d’attirer l’attention de quelques adeptes de l’occultisme. Parmi ce beau monde, le Grand-Maître d’une confrérie templière d’origine espagnole : « La Caverne ». Dès ce moment, Arginy sera connoté TEMPLIER !
Le départ de Breyer d’Arginy lui vaudra l’abandon et la dispersion de toute cette « cour » qui s’était formée autour de lui. Dans l’intervalle, deux dissidents de « La Caverne » avait créé un ordre spirituel indépendant. Pierre Plantard fut certainement dans cette mouvance. C’était en 1955.
Après avoir publié les Statuts du Prieuré de Sion en 1956, il s’impliqua dans l’affaire de Gisors dès 1960. Elle lui était connue grâce aux déclarations fracassantes
de Roger Lhomoy dont la presse faisait écho depuis quelques années (1).
Plantard a-t-il rencontré Roger Lhomoy ? On peut le penser. Et c’est probablement Plantard qui incita Lhomoy à parler de cette histoire à Gérard de Sède, même si dans Les Templiers sont parmi nous, l’auteur ne se privera pas de lever un écran de fumée pour brouiller les pistes.
La suite, on la connaît. Dépassés par les évènements, après qu’André Malraux eut dépêché des recherches militaires sous la motte de Gisors, nos deux compères font un sort à l’émergente histoire de Rennes-le-Château dont Robert Charroux vient de consacrer un chapitre dans son livre Trésors du monde, qui vient de paraître en avril 1962.
Le livre de JPP se distingue par ses détails originaux et la cohérence du propos. Il y a cependant des chaînons manquants. Par exemple, c’est de façon abrupte qu’il fait intervenir Plantard dans le canevas de La Caverne. Je ne pense pas que l’homme ait adhéré à quoi que ce soit. En revanche, ce relationnel lui a permis de tirer profit de cette situation. C’est possiblement ainsi qu’il aurait pu obtenir un dossier constitué de notes éparses au sujet de Rennes-le-Château. Plusieurs fois, j’ai évoqué la réalité d’une enquête diligentée au milieu des années 1930 au sujet de l’enrichissement de l’abbé Saunière et des contacts que le Curé eut pour la revente d’objets précieux. En dépit de ses protestations, Plantard n’a pas connu l’affaire de Rennes avant 1962, en tout cas cette date correspond au début de son enquête sur place. On ne s’est guère étonné que notre « hermétiste » ait été en mesure de constituer des « apocryphes » aussi bien renseignés en deux ans tout au plus.
Quant aux deux parchemins, que publia Gérard de Sède en 1967, ils devaient également faire partie du dossier dont bénéficia Plantard. Il ne subsistait à Rennes-le-Château que des copies (sur papier calque bruni) que Noël Corbu évoqua devant Albert Salamon en 1956 et Robert Charroux en 1959, parlant à l’un : des parchemins rédigés en latin ; et à l’autre, y reconnaître les versets de l’Évangile. Les originaux, ceux que Plantard a eus entre les mains, se distinguaient, au moins pour le Grand Parchemin, d’une note qui y était épinglée, indiquant comment procéder à son déchiffrement. Quant au Petit Parchemin, on sait le sort pitoyable que Philippe de Cherisey lui a dévolu.
Alors, oui, ce nouveau livre de JPP est à lire et même à relire, mais je gage que, dans quelques années, il en publiera une version remaniée et amplifiée.
(1) Par exemple, dans Paris-Presse le 7 septembre 1951.






