La nouvelle est montée crescendo. On a d’abord évoqué la découverte d’un lot très important de documents provenant des archives de l’abbé Saunière. L’heureuse trouvaille aurait été faite au fond d’un coffre remisé dans le grenier d’une maison de l’Aude.
De ces archives, personne n’en avait entendu parler. C’est du moins ce qui est prétendu.
Bientôt un flayer diffusé sur Internet nous révèle l’existence de 850 documents manuscrits de l’abbé Saunière. Mais cette fois, leur provenance est plus diffuse. Il s’agirait de l’apport de plusieurs contributeurs.
Ce que son promoteur n’avait pas pensé, c’est que certains chercheurs ont de la mémoire. Parmi eux, Patrick Mensior qui fit un rapprochement entre ces annonces et deux fichiers numériques à disposition des lecteurs aux Archives Départementales de l’Aude. Ces deux fichiers étant la version numérisée de trois microfilms constituant un don effectué, voici une cinquantaine d’années, par un dénommé Jean-Pierre Quignard, (…), rue Colbert, 78000 Versailles.
Que sont ces documents microfilmés ? Il s’agit des carnets de correspondances de l’abbé Saunière, de 1896 à 1915.
Ces documents, sous forme d’originaux, les premiers chercheurs les ont eus entre les mains. Notamment, René Descadeillas et Gérard de Sède. C’est à partir de ces carnets que l’un et l’autre ont comptabilisés les messes reçues par le Curé et l’argent qu’il a perçu. Peu importe que ces deux intervenants en aient tiré des conclusions différentes.
Si la collection de carnets microfilmés s’arrête à 1915, c’est que Jean-Pierre Quignard n’a pas disposé de celui allant jusqu’à l’année 1917. Il lui a manqué le dernier de la série !
Ce carnet, votre serviteur l’a eu entre les mains en 1974, parmi d’autres documents privés de l’abbé Saunière (correspondances, factures, reçus, testament, etc.) J’ai tout photocopié, et ai intégralement et loyalement tout restitué à qui me les avait confiés (Henri Buthion et son fils, François).
Comment donc Jean-Pierre Quignard s’est-il vu le récipiendaire de cette série de carnets mêlés à d’autres documents secondaires (dont des journaux financiers que recevait le Curé), provenant des archives de l’abbé Saunière ? Il les devait à Henri Buthion, à qui Noël Corbu avait laissé un lot non négligeable d’archives de toutes sortes.
Lorsqu’il quitta Rennes en 1965 pour Saint-Félix-de-Lauragais, Noël Corbu les laissa à son successeur, en dépôt. Il savait l’attrait que ces documents pouvaient exercer sur la clientèle. Lui-même avait procédé de la sorte.
Déjà, de son temps, beaucoup de papiers avaient disparu, subtilisés par des visiteurs indélicats. Henri Buthion, trop confiant et se laissant souvent circonvenir, en perdit tout autant.
C’est ainsi que disparu ce qu’il est convenu d’appeler « le Journal de l’abbé Saunière » (1900-1907), racheté voici quinze ans sur le Bon Coin. Mais aussi, plus d’une centaine de documents divers et variés restitués par un « vieux chercheur » sur les instances d’un correspondant insistant. Etc.
Et les carnets ? M. Buthion les avait seulement communiqués à M. Jean-Pierre Quignard. La mort de Noël Corbu, en mai 1968, débrida tout le monde envers les enfants de Noël Corbu. Fort heureusement, le reste des documents de l’abbé Saunière devinrent par la suite les fameuses archives Corbu/Captier.
Une douzaine d’année passent. Puis, en 1981, M. Jean-Pierre Quignard entra en contact avec Philippe Schrauben, alors éditeur en Belgique. Celui-ci avait déjà procédé à plusieurs rééditions d’ouvrages cultes sur Rennes (Boudet, Sabarthès, Lasserre…) C’est donc à ce titre qu’il lui proposa d’éditer son manuscrit : Légende ou mystère ? Le trésor de Rennes-le-Château. L’auteur ne manqua pas de lui en vanter les mérites. À cet égard, il fait bien mention des archives en sa possession :


Il le lui fit parvenir fin avril.
Mais, Schrauben, qui a de l’éthique, est perplexe. Comme le manuscrit est déposé et enregistré à la Société des Gens de lettres, il s’informe sur les différentes versions éventuelles, tant pour le texte que pour les illustrations.
Il a bien vu que le texte suit, par endroits, un peu trop fidèlement, l’ouvrage de M. Descadeillas. Quant aux illustrations, Schrauben, qui connait son sujet, est suspicieux à raison quant à leur provenance. D’ailleurs, Quignard s’étonnera de cette démarche…


Finalement, Schrauben renoncera à publier cet ouvrage. Quant à Quignard, il ne se permettra pas de le publier ailleurs.
Que ces carnets et autres papiers aient été communiqués, donnés, prêtés ou vendus, peu importe, à Jean-Pierre Quignard, le problème n’est pas là. Ces documents font partie du fonds Corbu/Captier. Ils en ont été soustraits. En propriété, ils sont passés de Marie Dénarnaud à Noël Corbu et personne ne peut se prévaloir d’en revendiquer la propriété par simple possession. En droit, nul ne peut céder ce qui ne lui appartient pas.
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P.S. : J’espère que l’on me fera grâce du couplet « mon ami Didier Héricart de Thury ». Au sujet des carnets, il n’était même pas au courant, jusqu’à ce que je lui en parle en 2002, notamment de l’existence des 3 microfilms conservés aux Archives de l’Aude (c’était trois ans avant qu’on les signale à Octonovo). Le reste, je l’ai appris d’Henri Buthion. Par ailleurs, Héricart de Thury et Quignard étaient fâchés depuis la fin des années 1990. Faut-il en dire davantage ?







